Le radon ne se voit pas, ne se sent pas et ne laisse aucune trace sur les murs. C’est pourtant, selon l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), la deuxième cause de cancer du poumon en France après le tabac, avec environ 3 000 décès par an attribués à l’exposition domestique. Ce gaz provient du sol et pénètre dans les maisons par le bas : dalle, vide sanitaire, murs enterrés, passages de canalisations. Autrement dit, c’est au stade du gros œuvre que l’on peut le mieux s’en protéger, et à moindre effort. Ce guide explique où se situe le risque en Franche-Comté et dans le Grand Est, ce que prévoit la réglementation et quelles dispositions intégrer au soubassement d’une maison neuve.
Le radon, un gaz du sol qui s’invite par le bas
Le radon est un gaz radioactif naturel issu de la désintégration de l’uranium et du thorium présents dans les roches du sol. Incolore et inodore, il se dilue rapidement à l’air libre mais peut s’accumuler dans les espaces clos et mal ventilés, surtout en sous-sol et au rez-de-chaussée. Le Centre international de recherche sur le cancer l’a classé cancérogène certain pour le poumon en 1987 ; le risque croît avec l’exposition cumulée tout au long de la vie et se trouve fortement aggravé par le tabagisme.
Deux mécanismes le font entrer dans une maison. Le premier, et le plus important, est la convection : en période de chauffage, l’air intérieur plus chaud s’élève et met le bas de la maison en légère dépression, ce qui aspire l’air du sol à travers le moindre défaut d’étanchéité. Le vent, une hotte ou un foyer ouvert accentuent cet effet. Le second est la diffusion : même sans différence de pression, le gaz traverse lentement les matériaux, y compris le béton.
Les voies d’entrée les plus courantes sont connues : fissures et joints de dallage, joint périphérique entre la dalle et les murs, traversées de canalisations et de gaines, trappes et regards, murs enterrés en blocs creux, sols de cave en terre battue.
Zones à potentiel radon en Franche-Comté et dans le Grand Est
L’arrêté du 27 juin 2018 répartit les communes en trois zones, sur la base de la capacité des sols à émettre du radon :
| Zone | Signification officielle | Exemples dans notre secteur | Notre conseil |
|---|---|---|---|
| 1 | Potentiel faible | Besançon, Pontarlier, Mulhouse, Strasbourg, Nancy, Metz | Bonnes pratiques d’étanchéité du plancher bas |
| 2 | Potentiel faible, mais des facteurs géologiques particuliers peuvent faciliter le transfert du radon | Montbéliard, Audincourt, Héricourt, Colmar, Saint-Louis, Thionville | Étanchéité soignée et réservations selon la configuration du terrain |
| 3 | Potentiel significatif | Belfort, Valdoie, Giromagny, Thann, Guebwiller, Obernai, Épinal, Remiremont, Saint-Dié-des-Vosges, Gérardmer | Dispositions préventives complètes et mesure après emménagement |
Géorisques rappelle que les concentrations les plus élevées se rencontrent dans les régions aux sous-sols granitiques ou volcaniques, dont les Vosges. Nos données officielles le confirment : dans notre secteur, le potentiel significatif concerne surtout le massif vosgien et ses abords, du Territoire de Belfort au piémont alsacien et aux Vosges. Belfort, à environ 25 minutes de route de notre siège de Sainte-Suzanne, et Thann sont classées en zone 3, tout comme Épinal.
Une zone 1 ne garantit pas l’absence de radon : l’ASNR précise que des concentrations élevées peuvent aussi être mesurées en zones 1 et 2, même si elles y sont moins probables. Le zonage donne une probabilité, pas un résultat pour une maison donnée.
En zone 3, le vendeur ou le bailleur d’un bien doit informer l’acquéreur ou le locataire de ce risque, par l’état des risques remis lors de la transaction.
Ce que prévoit la réglementation pour une maison neuve
Le guide de recommandations publié par l’ASNR, dont la partie technique a été élaborée par le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), est clair : il n’existe pas aujourd’hui d’obligation de moyens visant spécifiquement le radon dans les bâtiments neufs, même en zone 3. Les obligations réglementaires visent certains établissements recevant du public, comme les écoles, et les lieux de travail. Pour votre maison, il s’agit donc de recommandations, mais elles ont un avantage décisif : intégrées dès la conception, elles ne représentent qu’un effort marginal, alors qu’une correction après coup est plus lourde.
La recherche d’étanchéité à l’air imposée aux constructions récentes pour des raisons énergétiques va dans le même sens, puisqu’elle limite les entrées d’air parasites. L’ASNR souligne toutefois que cet effet reste à confirmer et juge pertinent, notamment en zone 3, de protéger dès la conception l’interface entre le sol et la maison.
Les dispositions de gros œuvre qui limitent l’entrée du radon
Toutes les mesures ci-dessous relèvent du soubassement, c’est-à-dire du cœur de notre métier de gros œuvre et fondations. Elles se décident avec le concepteur avant le dépôt du permis.
Réduire la surface en contact avec le sol
Plus la surface d’échange entre le terrain et le volume habité est faible, moins le radon a de chemins pour entrer. L’ASNR conseille donc d’éviter les murs enterrés ou semi-enterrés et les remblais, en particulier en zone 3. Si un sous-sol est prévu, un accès par l’extérieur est préférable à un escalier intérieur ; à défaut, la porte du sous-sol doit être étanche à l’air. Il convient aussi d’éviter les matériaux émettant du radon, comme un lit de gravier de granit sous la maison.
Choisir un plancher bas adapté
- Le vide sanitaire ventilé est très efficace : ses ouvertures, judicieusement réparties pour éviter les zones mortes, balaient le volume d’air sous le plancher et évacuent le radon avant qu’il n’atteigne les pièces. Les traversées du plancher poutrelles-hourdis et la trappe d’accès sont soigneusement calfeutrées.
- Le dallage indépendant sur terre-plein est réputé peu étanche à l’air, car une fissure de retrait se forme le long des murs pendant le séchage du béton. Il est recommandé au minimum de traiter ce joint périphérique ; une membrane résistante à la diffusion du radon, ancrée de façon étanche aux fondations, renforce la protection.
- Le sous-sol, lui aussi très efficace lorsqu’il est ventilé, est séparé du volume habité par des parois et une porte étanches à l’air.
Traiter chaque traversée du plancher
Chaque canalisation ou gaine qui traverse le plancher bas est une porte d’entrée potentielle. Les réseaux sont posés par d’autres corps d’état, mais leurs réservations sont prévues pendant le gros œuvre : mieux vaut en limiter le nombre, les regrouper et soigner leur calfeutrement.
Prévoir une réservation pour la dépressurisation du sol
Le système de dépressurisation du sol (SDS) est, selon l’ASNR, un moyen de protection très efficace. Il consiste à créer une légère dépression sous le plancher bas pour inverser le flux d’air et rejeter le radon à l’extérieur. En construction neuve, on prévoit un puisard ou un réseau de drains dans un lit de gravier sous la dalle, relié à un conduit d’extraction étanche débouchant à l’extérieur ; ces réservations restent obturées. Si la mesure effectuée au cours de la première année d’occupation est élevée, un système d’extraction adapté y est raccordé. Un vide sanitaire peut aussi être conçu pour fonctionner de cette façon, ses ouvertures d’aération étant alors refermées.
Soigner les murs enterrés
Selon le guide de l’ASNR, une paroi enterrée en béton plein, comme un mur banché, constitue un frein relativement important au passage du radon. Un mur enterré en blocs creux demande en revanche un traitement spécifique, pour éviter que le gaz ne transite par ses alvéoles jusqu’aux pièces habitées.
Mesurer après l’emménagement
Une protection se vérifie. Géorisques recommande d’installer des dosimètres pendant deux mois en période de chauffe, entre mi-septembre et fin avril, de préférence dans les pièces de vie les plus basses ; pour une maison neuve, le guide de l’ASNR situe cette mesure de vérification au cours de la première année d’occupation. Si le résultat est élevé, la réservation prévue sous le plancher est activée. Au quotidien, aérer au moins dix minutes par jour et entretenir la ventilation, installée par une autre entreprise, contribuent à maintenir une concentration basse. Pour en savoir plus, consultez la page radon de Géorisques.
Radon, argiles et séisme : un même soubassement pour plusieurs contraintes
À Belfort, la fiche officielle de la commune cumule un potentiel radon significatif, une zone sismique 3 et une exposition moyenne aux argiles au droit de la mairie. Ces contraintes se rejoignent : en exposition moyenne ou forte aux argiles, les techniques particulières de la loi ELAN prévoient une dalle sur vide sanitaire en l’absence de sous-sol, précisément la solution qui facilite aussi la protection contre le radon. Les chaînages exigés en zone sismique complètent l’ensemble. Nos guides sur l’étude de sol et les argiles, sur la construction en zone sismique et sur les étapes du gros œuvre détaillent chacun de ces points.
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